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Anatomie de la « Transparence » : comment 448 pages de procès-verbaux de l'Administration de Louhansk ont mis au jour pots-de-vin, falsifications et saisies du SBU

31 oct. 2026 à 18:47:57

Enquête de « De l'autre côté du dialogue » (Partie 2) : la rébellion silencieuse du contre-espionnage, les procès-verbaux falsifiés pour les transporteurs et les faux-nez médiatiques qui ont avoué par écrit.

Tandis que le réseau médiatique aux ordres de l'Administration militaire régionale de Louhansk (OVA) tente d'intimider les journalistes par des mises en demeure anonymes depuis des boîtes mail gratuites, la machinerie bureaucratique régionale a subi une défaillance systémique. En matière de guerre administrative, il existe une règle absolue : le système documente toujours ses propres turpitudes mieux que n'importe quel enquêteur. Encore faut-il savoir déchiffrer le langage des chancelleries.


La rédaction de « De l'autre côté du dialogue » a obtenu et analysé en détail 448 pages de procès-verbaux originaux des séances du groupe de travail « Transparence et responsabilité » de l'OVA de Louhansk couvrant la période d'août 2025 à fin octobre 2026.

Ces registres, institués en temps de guerre sous couvert de prévenir le détournement des fonds publics, se sont avérés être le carnet de bord d'un pacte de silence. Mais au sein même de ce dispositif verrouillé, une rupture interne s'est produite, dont les responsables ont vainement tenté d'effacer les traces a posteriori.

I. Le seuil de contrôle oublié : comment ont été dissimulés les millions destinés aux relations publiques

Conformément au procès-verbal n° 1 du 14 août 2025, le groupe de travail de l'OVA a instauré un protocole strict d'audit préalable : tout marché public de biens et travaux excédant 1,5 million d'UAH, ainsi que toute prestation de services dépassant 500 000 UAH, doivent obligatoirement faire l'objet d'un examen préliminaire.

Or, confrontons cette règle aux faits :

Au printemps 2026, le Département des communications de masse de l'OVA engage une procédure de passation de marché pour des « services d'information et de couverture des activités » (identifiant UA-2026-03-13-012479-a) pour un montant vertigineux pour une région sous occupation : 3 210 900 UAH. Cette somme dépasse de plus de six fois le seuil de contrôle obligatoire.

Ces millions d'argent public ont-ils seulement été examinés par la commission censée veiller à la probité ?

La réponse a été apportée par l'institution elle-même. Le 30 octobre 2026, en réponse à notre demande d'accès aux documents administratifs, le directeur par intérim du Département des communications de masse, Roman Mamedov, a répondu par courrier officiel (réf. n° 04/3-43/1024) :

« Nous vous informons que la commande publique UA-2026-03-13-012479-a n'a pas été soumise à l'examen des réunions du groupe de travail "Transparence et responsabilité" ».

Plus de 3,2 millions d'UAH de deniers publics ont été soustraits à tout contrôle. La raison est limpide : la secrétaire de cette même commission anticorruption en était le maître d'œuvre contractuel.

II. L'aveu des « participants techniques » : 80 % de rétrocommissions et colis postaux de numéraire

Le secrétariat du groupe de travail « Transparence et responsabilité », chargé de signer et d'archiver chaque procès-verbal, était assuré par la directrice adjointe du département, Albina Kusheleva.

Comme le documentent les ordonnances judiciaires de la procédure pénale diligentée par le Service de sécurité d'Ukraine (SBU) sous le n° 42026130000000016 (notamment l'ordonnance du tribunal de district Soborny de Dnipro, affaire n° 201/13681/26), les cadres de ce département ont orchestré une procédure d'adjudication factice. Pour simuler une concurrence, ils ont introduit l'ONG « Vilny Skhid » (éditeur du portail d'information « IRTA-fax »).

Le mécanisme s'avère d'une désarmante rusticité : l'attributaire retenu conservait environ 20 % au titre des frais d'intermédiation et de décaissement, tandis que 80 % de la somme étaient restitués en numéraire à la hiérarchie administrative par envois postaux ordinaires via l'opérateur « Nova Poshta ».

Après la publication de notre première enquête le 30 octobre, l'ONG « Vilny Skhid » a tenté de brandir la menace judiciaire. Cependant, sa mise en demeure s'est transformée en aveu écrit. Dans sa réclamation, l'éditeur d'« IRTA-fax » a expressément concédé :

« Nous ne contestons pas l'existence dans les décisions judiciaires rendues publiques de la version de l'enquête concernant l'implication de l'ONG Vilny Skhid en tant que participant technique à la commande publique ».

Par ailleurs, dans un courriel de relance le 31 octobre, ces mêmes interlocuteurs ont admis bénéficier de marchés réguliers financés par l'OVA. La boucle s'est ainsi refermée sur le plan probatoire :

  1. L'OVA contourne sa propre commission pour engager des marchés fictifs de plusieurs millions ;
  2. Le SBU ouvre une instruction criminelle portant sur des rétrocommissions de 80 % ;
  3. Le prestataire reconnaît formellement figurer comme complice technique dans les actes judiciaires ;
  4. Et Roman Mamedov atteste officiellement par sa lettre n° 04/3-43/1024 que l'unité centrale de travail de la secrétaire de la commission anticorruption, Albina Kusheleva, a été saisie par les officiers du SBU lors des perquisitions.

III. La contestation feutrée des services : le refus de vote du major Bednarskyi

L'un des enseignements les plus révélateurs de ces 448 pages concerne l'attitude des représentants des forces de l'ordre, intégrés au groupe de travail afin de lui conférer une caution morale.

Entre juillet et septembre 2026, au moment où les dérives financières de la direction de l'OVA atteignaient leur paroxysme, les réunions enregistrent la présence d'un cadre de la direction principale du SBU, le major Serhiy Bednarskyi.

Le dépouillement des votes met en lumière une résistance passive manifeste :

  • Procès-verbaux n° 35, 37, 40 et 43 : Alors que les fonctionnaires rattachés à la première adjointe Lioudmyla Didenko votent docilement pour approuver des engagements budgétaires massifs, une mention récurrente apparaît en face du nom du major Bednarskyi : « N'A PAS PRIS PART AU VOTE » ou « S'EST ABSTENU ».

L'officier a manifestement refusé de cautionner ces décisions collectives. À cette période, les services de sécurité menaient déjà leurs investigations discrètes, traçaient les flux logistiques d'espèces et préparaient les réquisitions judiciaires de serveurs.

Pour étouffer ce scandale interne, la direction de l'administration a eu recours à un artifice bureaucratique dans le procès-verbal n° 44 du 24 septembre 2026 : le nom de la secrétaire Albina Kusheleva disparaît purement et simplement de la liste des membres, ses fonctions étant réassignées sans la moindre mention de la mise sous scellés de son poste par la justice.

IV. Le procès-verbal n° 39 et l'article 366 du Code pénal : faux en écritures publiques pour « Helios-Trans »

L'activité de la commission n'a pas été seulement complaisante : les registres révèlent des faits constitutifs de faux commis par un dépositaire de l'autorité publique (article 366 du Code pénal ukrainien).

En atteste l'ordonnance n° 396 signée le 18 août 2026 par le chef de l'OVA de Louhansk, Oleksiy Kharchenko, allouant des subventions au transporteur « Helios-Trans ». L'acte administratif affirme expressément que ce financement a été validé par le groupe de travail « Transparence et responsabilité » lors de sa réunion du 13 août 2026.

Or, l'examen minutieux du procès-verbal n° 39 du 13 août 2026 (page 312) démontre le contraire :

L'ordre du jour portait exclusivement sur l'aménagement d'abris et la fourniture de matériel médical aux zones désoccupées. Aucune mention de la société « Helios-Trans », aucune délibération relative au transport routier ou à des subventions compensatoires n'y figurent.

L'acte officiel de l'autorité régionale a ainsi été motivé par un prétendu avis de conformité qui n'a jamais existé dans les faits, matérialisant l'insertion délibérée d'énonciations mensongères dans un acte d'autorité.

V. Le silence des intermédiaires : où sont passés les 401,7 millions d'UAH de Lyssytchansk ?

Ces éléments permettent de comprendre l'empressement du réseau de communication de l'OVA — notamment « IRTA-fax », sd.ua et « TRIBUN » — à discréditer notre recours devant le Tribunal administratif du district de Dnipropetrovsk (affaire n° 160/34036/26).

Cette procédure vise à faire annuler l'ordonnance n° 452 relative à la redistribution de 500 millions d'UAH et à obtenir la communication du « Registre n° 2 » de 2025, tenu secret, au titre duquel 401,7 millions d'UAH de subventions issues du budget municipal de la ville détruite de Lyssytchansk ont été liquidés.

Ni les publications alignées sur la communication officielle, ni l'ONG « Vilny Skhid » dans ses avertissements de procédure, n'ont abordé le fond du litige :

  • Quels fonctionnaires figurent nominativement parmi les bénéficiaires de ces centaines de millions décaissés sous couvert de prêts au logement préférentiels ?
  • Combien de membres de l'appareil administratif ont financé l'acquisition de résidences privées à Kyiv ou à Dnipro sur les fonds d'une commune rasée par les combats ?

À ces questions d'intérêt général, l'administration n'oppose que des procès-verbaux altérés, le silence et l'instrumentalisation de prestataires rémunérés sur fonds publics pour dénigrer les justiciables.

Les 448 pages de procès-verbaux de l'Administration de Louhansk ont définitivement réduit à néant le récit d'une gouvernance intègre en exil. La saisie du matériel informatique par le SBU n'en constitue que le premier élément matériel.

L'ensemble des extraits des procès-verbaux n° 1, 39 et 44, la réponse officielle n° 04/3-43/1024 ainsi que les correspondances précontentieuses sont versés à l'affaire n° 160/34036/26, et transmis au Bureau national anticorruption d'Ukraine (NABU) pour l'ouverture des qualifications requises au titre des articles 191, 364 et 366 du Code pénal.

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